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Tōzan Sans
Jeune moine zen ordonné au Japon sous le nom de Tozan, Clément Sans nous raconte chaque mois son quotidien. Aujourd’hui, il évoque son bref retour en France et la difficulté de parler du zen à ses proches, qu’il n’avait pas vus depuis près de quatre ans.
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Le 15 septembre 2021, Clément Sans est devenu moine zen, ordonné sous le nom de Tozan (« la montagne des pêches »). Chaque mois, il nous envoie une lettre qui nous fait partager ses réflexions et son quotidien singulier et presque hors du temps. Après deux ans passés au temple Antai-ji, dans les montagnes du nord de l’île Honshu, il a intégré cet été un nouveau temple, à Kyoto.
Lettre d’août. Les vignes s’étirent dans cette vallée de Touraine laquée de lumière douce, où la pierre de tuffeau épouse avec délicatesse les convulsions de la Loire. La chaleur creuse le jour, les terrasses des bars et des cafés sont remplies, une odeur de sardines grillées se laisse deviner. L’esprit léger des vacances estivales semble avoir emporté la France.
Cela faisait presque quatre ans et demi que je n’avais pas vu ma famille. Lorsque je me suis envolé pour le Japon, je ne connaissais du bouddhisme qu’un grand nombre de clichés. Je ne parlais pas un mot de japonais, n’avais ni travail, ni argent, ni projet clairement défini. Je voulais surtout partir, voir un ailleurs, et mettre à l’épreuve un appel intérieur qui m’habitait depuis l’adolescence.
Et voilà que c’est en moine zen que je reviens dans mon pays, vivant désormais sur les flancs des montagnes qui cerclent Kyoto, jeune marié, intégré à une communauté de fidèles qui m’aident chaque jour à soutenir ma pratique spirituelle.
Durant de courtes vacances partagées entre Paris et les terres ligériennes de mon enfance, j’ai eu le plaisir de revoir tous ceux que j’avais quittés, ainsi que l’honneur de rencontrer des moines investis dans la pratique et le développement du zen en France.
Mais que dire à cette famille et à ces quelques amis qui, de loin seulement et en imagination surtout, ont vécu par courtes brèves mon cheminement spirituel ? Que répondre à toutes les questions d’un entourage pour qui le fait religieux évoque d’abord la suspicion, l’idéologie, la perte de temps ?
« Le zen, de toute façon, c’est plus une philosophie de vie qu’une religion, pas vrai ? », « Tu as le droit de manger de la viande ? », « Tu es sûr que ce n’est pas une secte ? », « Les moines zen, ils cotisent pour la retraite ? ». Comment parler de ce monde du bouddhisme japonais, à la fois si proche de nous par ses enseignements, si universel et quotidien, et si lointain culturellement ? Est-ce d’ailleurs seulement possible de parler du zen sans en trahir l’esprit ?
Lorsqu’il est prononcé dans un contexte laïque, le mot « zen » évoque pour la plupart des Japonais la rigueur, la discipline, la sévérité (kibishisa). Plus que toute autre école du bouddhisme, la simplicité apparente du zen renvoie avant tout à l’austérité de l’ascèse, nécessitant un engagement complet du corps et de l’esprit.
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